Poulette Books | C'est l'histoire d'une fille...

18 Déc 2011

« Belles »-mères [C’est l’histoire d’une fille]

C’est dimanche, le temps n’est pas génial alors je vous propose une petite histoire…

Dans quelques jours, nous allons fêter Noël en famille et qui dit famille dit aussi « belle-famille ».

Certaines se reconnaîtront peut-être dans ces lignes…

Bonne lecture !

 

  

“BELLES”-MERES.

 

Quel est le fabuleux imbécile qui a inventé ce mot : « belle-mère » ?

Depuis quand est-ce que les mères de nos chers et tendres sont-elles sensées avoir une quelconque forme de beauté ?

 

Savez-vous ce que sont les humiliations publiques, les tentatives de rupture, les manipulations ?

Moi je sais !

 

Et je vous assure que malgré toute ma bonne volonté, parfois un bon uppercut serait de rigueur !!

 

Vous allez dire que j’exagère, que j’en fais trop et qu’une solution est toujours envisageable…

Et bien lisez un peu ces quelques exemples, et on en reparle…

 

Premier contact : tout simplement hallucinant !

Mon chéri me prend par la main et me propose de rencontrer ses parents. Quand ce genre de proposition arrive, c’est que ça devient sérieux.

Je suis toute excitée à l’idée de savoir d’où il vient, comment il a vécu, et je m’attends à dévorer les albums de photos de sa jeunesse.

En bref : une journée pleine de promesses et de surprises !!

 

Nous sommes en juillet, pleine canicule.

J’enfile la seule tenue adéquate : un débardeur et une jupe ample.

 

Nous arrivons dans une ville de la banlieue chic parisienne que je ne connais pas.

Il me montre ses différentes écoles, ses clubs de sport, le café des concours de baby-foot, sa vie avant moi quoi…

Il a l’air ravi de partager ses souvenirs avec moi, et je suis ravie qu’il soit ravi !

 

Nous garons la voiture devant un pavillon jumelé du centre-ville.

« Voilà, nous y sommes ! Tu vois cette fenêtre ? C’est ma chambre ! »

Mon cœur bat très vite.

Je vais être officiellement présentée à sa famille !!

Je ne vais plus être une de ses copines, mais sa petite-amie officielle !

 

Une femme d’une soixantaine d’années nous attend déjà sur le pas de la porte.

Avec le recul, je me rends compte qu’elle n’a rien pour elle, la pauvre : des rondeurs mal placées, un double menton un peu trop visible, un maquillage à paillettes bleues au dessus des yeux, une robe à fleurs et… une mèche rose fluo sur le dessus de la tête (alors que le reste est plus ou moins blond).

 

« Maman, voici Emma. Emma, je te présente ma mère ».

Je m’arme de mon plus beau sourire.

« Bonjour Madame, je suis ravie de vous connaître ».

 

Et là… blanc…

Elle me regarde de haut en bas et me sort « Vous êtes en chaleur ou quoi ? »

 

Sans commentaire.

Ceci sera l’amorce d’une relation « fabuleuse » entre une belle-mère et sa belle-fille.

 

J’emploi volontairement le terme « fabuleux » pour sa racine latine venant de fable. Parce que, honnêtement, si on m’avait raconté que ça se passerait comme ça, je ne l’aurai jamais cru !

 

J’ai ravalé mon sourire et affiché le regard le plus noir que je puisse avoir.

Et je suis super douée pour ça !

Ceci deviendra notre mode de communication pour les années à venir.

 

Quant au reste de la journée… j’ai un black-out total.

Je me rappelle d’un canapé sombre, d’osso buco et de l’émission de Pascal Sevran.

 

Et c’est tout.

Je n’ai rien dit et pas entendu grand chose…

 

Pendant plusieurs jours, je me suis demandée ce qui avait pu justifier un tel comportement.

Et bien, encore aujourd’hui, je n’en sais rien.

 

Nos rencontres ont été très rares et très brèves.

Je faisais en sorte que son fils aille la voir le plus souvent sans moi, mais parfois il tenait à ce que je sois présente.

Il faut dire que les repas chez elle sont d’un ennui !!

 

Elle ne parle que d’elle, ne demande pas comment nous allons ou, lorsqu’un éclair de bonté la pousse à le faire, elle n’écoute pas la réponse.

 

En fait, elle ne sait rien de moi : ce que je fais comme boulot, ce que j’aime lire, mes projets futurs, mes soucis…

Elle ne sait rien.

 

Par contre, je sais tout d’elle : de ses constipations à ses allergies buccales au métal, en passant par son enfance à manger des sardines.

Je connais même la vie de ses copines.

Comme si ça m’intéressait !

Qu’est-ce que ça peut me faire qu’une telle soit anorexique, que l’autre élève mal ses enfants et que la dernière ait une coupe de cheveux qui a foiré !

 

Et puis, elle est d’une susceptibilité incroyable !

Je pensais qu’on s’assagissait avec l’âge !

 

Lors d’un déjeuner chez elle, nous avons eu l’exemple de la mauvaise foi incarnée.

Elle n’est pas très douée pour la cuisine, mais ça, je peux trop rien dire parce que moi je me contente de pizzas surgelées et de pâtes bolo.

Mais quand même y’a des limites !

 

Elle nous a fait du riz.

Jusque-là, rien de dérangeant.

 

Mais au moment de servir, la voilà qui apporte sa casserole pleine d’eau à table, le sachet de riz à l’intérieur.

Elle coupe le sachet sous nos yeux et tente de prendre le riz avec une fourchette depuis le sachet vers les assiettes !

La moitié s’est retrouvée noyée dans l’eau !

 

Son fils lui a dit qu’elle pouvait au moins mettre le tout dans un plat. (Accessoirement, elle est à la retraite et n’a que ça à faire de ses journées !)

Et bien, il n’aurait pas dû dire ça !

 

Elle s’est énervée en disant qu’il n’avait pas à lui donner de leçons, qu’elle faisait ce qu’elle voulait chez elle, qu’elle avait fait des sacrifices toute sa vie pour lui et qu’il ne devait pas lui manquer de respect comme ça.

 

Puis elle a boudé pendant des jours et n’a pas appelé.

Bon, ça c’est le côté positif parce qu’elle appelle toujours à 20 heures pile alors qu’on dîne et refuse de rappeler quand on lui dit qu’elle dérange.

 

Le summum de l’affront a été lors d’un repas de famille avec les oncles et les cousins.

C’était très sympa, j’ai pu découvrir des gens normaux et bourrés d’humour.

Jusqu’au moment où la belle-mère a eu la bonne idée de lever son verre.

 

Petite précision : elle ne m’appelle pas par mon nom, elle dit « la bru ».

Mais c’est quoi ce mot immonde !!

Une bru : ça fait vache.

Parfois la langue française me semble surréaliste !

 

On dit « belle-mère », mais on dit « bru ».

Dites-le à haute voix, allez : « b-rrrr-u ».

C’est immonde !

 

Donc voilà la belle-mère debout, son verre à la main :

« Je voudrai porter un toast à mon fils qui nous a dégoté une nouvelle bru ».

Mon cœur s’arrête de battre… enfin c’est imagé, mais j’aurai presque préféré que ce soit le cas !

Qu’est ce qu’elle va encore sortir ?

 

« Je dois avouer que je m’attendais à pire, elle est pas si mal… »

Ouf… je pense que je dois prendre ça pour un compliment.

C’est fini, elle va s’asseoir et on va finir le repas tranquille.

 

« Pour vous le prouver, j’ai pris avec moi un joli courrier qu’elle lui a fait et qu’il a oublié de ranger. »

 

Je fixe mon chéri d’un air interrogateur.

Je panique un peu je l’avoue parce que, en général, mes courriers sont un peu olé olé…

Il me sourit et tente de me rassurer.

Il me murmure de loin : « ne t’en fais pas… elle blague… »

 

Bon, s’il le dit, c’est que ce doit être vrai.

Je vais me détendre et sourire à la plaisanterie.

 

L’assemblée la regarde et l’écoute attentivement.

 

«  Mon cher amour (c’est bien par ça que je commence d’habitude).

La nuit que nous avons passée était fantastique. »

 

Là, je crois que je me sens mal.

Les sourires des invités se dissipent un peu et ce n’est plus elle qu’ils regardent, mais moi.

Mon putain de chéri ne dit rien et ne semble pas plus gêné que ça.

C’est quoi ?

Un test avant d’entrer dans la famille ?

 

Elle continue de plus belle, enthousiaste à l’idée que je suis en train de me décomposer sous ses yeux…

«  Tu m’as fait des trucs qu’aucun autre homme ne m’avait fait… Et pourtant tu sais qu’ils ont été nombreux…

Ce truc avec ta langue… quel bonheur ! »

 

Je me lève en direction des toilettes.

Je crois que je vais vomir.

 

« Ne nous quittez pas maintenant ! »

Sa voix aiguë et stridente déraille avec l’excitation.

« Le moment le plus explicite n’est pas encore passé. Je me dois de faire profiter la famille de vos astuces. »

 

Son regard plein de rancœur et de fierté me provoque.

C’est ça qu’elle veut : que je pique un scandale et qu’elle ait un motif pour dire à son fils que je ne suis pas assez bien pour lui et que mon sens de l’humour est limité.

 

Je m’approche d’elle, très calme et lui prends la lettre des mains.

« Je ne suis pas certaine que votre âge vous permette de reproduire ce que vous lirez. »

 

Tout le monde éclate de rire.

Elle trépigne de rage, son visage devient rouge écarlate, mais elle ne peut pas se permettre de me faire une quelconque réflexion, elle le sait.

 

Le repas s’est terminé sans autre conflit.

Et je me suis jurée de ne plus jamais retourner là-bas.

 

Les mois ont passé, et mon chéri et moi avons commencé à parler de mariage, de bébé et d’achat immobilier.

 

J’ai donc entrepris de rédiger une lettre pleine de bonnes résolutions à la belle mère.

 

Après tout, nous aimons le même homme et devons faire notre possible pour que nos relations restent cordiales.

En aucun cas, il ne devrait se sentir contraint de faire un choix.

 

J’ai fait la liste des choses que je n’acceptais pas et que je pensais mal venues de sa part puis ai terminé par une série d’idées pour que nos rencontres se passent normalement, en espérant qu’elle partagerait ma volonté d’arranger la situation.

 

J’ai montré la lettre à mon amour, puis l’ai postée, fière de ma maturité.

 

Un après-midi, alors que j’étais en arrêt de travail pour un mauvais rhume, elle est venue chez moi, sans prévenir.

 

Elle est entrée sans me saluer et m’a jeté la lettre au visage.

Selon elle, une merdeuse de mon âge n’avait pas à lui faire la morale.

De plus, elle a dit désapprouver le mariage envisagé par son fils et moi prétextant que j’étais déjà pourrie à mon âge puisque j’étais en arrêt maladie.

 

Elle est partie en claquant la porte sans me laisser le temps de répondre.

 

Nous sommes mariés depuis trois ans et avons deux merveilleux jumeaux : Hugo et Léa.

 

Elle ne fait plus partie de notre vie.

Son fils a compris qu’elle ne changerait pas et qu’elle préférait rester sur ses positions plutôt que d’avouer qu’elle avait tort.

 

Je l’imagine parfois.

Seule chez elle, lisant le Gala à la recherche des derniers potins sur les familles royales, elle doit encore se demander comment son fils a pu partir avec une fille comme moi.

 

11 commentaires sur “« Belles »-mères [C’est l’histoire d’une fille]”

  1. Leticia

    les chéris sont bien faibles aussi : dès votre rencontre, il aurait du la remettre à sa place, idem à chaque fois qu’elle a dérapé … mais non, ils n’en sont pas capables !!!!!

    heureusement qu’il est qd mm parvenu a te choisir TOI plutot qu’elle au final, y’en a qui n’ont tellement pas de couilles qu’ils preferent laisser leur moman decider de qui ils doivent epouser … minable !!!!

    jolie plume 😉

  2. Et bien elle est vraiment particulière ta…ton ex belle mère !!! J’ai de la chance d’en avoir une qui respecte notre vie et qui ne s’immisce pas. Elle est même plutôt sympa.
    Ton homme à eu la lucidité qu’il fallait heureusement mais ce n’est ps toujours évident car les rapport parents/enfants ne sont parfois pas faciles.
    Je vous souhaite beaucoup de bonheur à tous. Ah si, au fait, mon nom de jeune fille est « Bru » et je l’aime beaucoup. Je pense que tout terme employé par cette dame pour t’appeler aurait fait meuglement de toute façon.
    Courage pour le reste….. en espérant que vos routes se croisent le moins possible.

  3. Haaa les belles-mères… la mienne n’est pas si odieuse (quoi qu’elle peut l’être) mais aussi particulière. Je vois dans le regard de mon ami ce qu’il pense parce que ces remarques ne sont pas qu’envers moi, mais c’est très difficile de dire quoi que ce soit car c’est sa « maman ».
    Je pense que si tu écris dessus aujourd’hui, c’est qu’il y a un certain regret…peut-être se rendra-t-elle compte de ce qu’elle a perdu par son amertume. En attendant ça fait de l’air!! De belles fêtes 🙂

  4. corinneb

    c’est triste tout ça!!!

  5. Au final, tu sais quoi, c’est elle qui en souffre, et bien fait pour sa g***** de vieille frustrée, elle n’a que ce qu’elle mérite, elle a perdu son fils et ses petits enfants parce que soit disant tu n’étais pas assez bien ?! Vraiment tant pis pour elle, elle mérite pas de faire partie d’une famille heureuse comme la tienne !

  6. attends, c’est une blaque? tu parles bien de toi?

  7. Lou de M

    Whouaaa ! C’est sympa comme tout. Il faut vraiment être malheureux comme les pierres pour tourner le dos à son fils et sa belle-fille de cette façon. Fort heureusement c’est une histoire qui ne se termine pas trop mal puisqu’elle se solde par un mariage et des jumeaux.

  8. carlota

    Whaou, elle est plus que sévère ta BM !! j’aimerai te dire que ça finira par s’arranger qu’un jour la méchante sorcière se rendra compte de son erreur, mais hélas, il ya des gens comme ça, et on y peut pas grand chose …

  9. Poulette Nela

    Les filles…

    Un énorme merci pour vos commentaires et votre enthousiasme

    MAIS

    Il s’agit d’une fiction !
    Je ne suis pas mariée avec des jumeaux, je n’ai jamais eu la honte de ma vie à un repas de famille…
    Je suis contente que les émotions fassent « vrai ».

    A bientôt pour de nouvelles histoires !

  10. Julie

    Bluffée par ta plume j’ai cru que c’était ton histoire merci beaucoup de nous faire partager ces fictions 🙂

    • Poulette Nela

      Merci pour ton petit mot Julie !

Les commentaires sont fermés.