Poulette Books | C'est l'histoire d'une fille...

29 Jan 2012

Attirance contractuelle [C’est l’histoire d’une fille]

La petite histoire du dimanche !

Vous êtes nombreuses à les demander, alors je continue…

 

Au programme d’aujourd’hui : le boulot, ou plutôt, comment on fait quand on a un coup de coeur au boulot ?

On assume ou pas ?

 

A vous de voir !!

 


ATTIRANCE CONTRACTUELLE.

Un contact a été établi…

Enfin !

Et le rendez-vous est pris.

 

Entre insolence, sentiment de supériorité et agressivité, ces quelques mots ont été prononcés :

« OK pour un déjeuner… avec plaisir. »

 

Je relis cette phrase encore et encore…

Mon cœur bondit lorsque mon regard se pose sur ces points de suspension.

Quel sens leurs donne-t-il ?

Quelle idée reste en suspens ?

 

Après maintes tentatives de négociation, j’avais lancé cette idée en dernier ressort, presque pour le pousser à se décider.

« Si cette proposition vous convient enfin, nous fêterons ça autour d’un déjeuner… »

 

Il s’agissait presque d’un aveu d’abandon, j’avais usé tous mes arguments…

La négociation commerciale touchait à sa fin, ma proposition budgétaire ne lui convenait toujours pas et la signature du contrat semblait compromise.

 

Dans une ultime tentative de conciliation, j’ai lancé cette idée de déjeuner.

 

Nos contacts se limitaient alors à une sorte d’agressivité mutuelle, chacun voulant tenir tête et rester à son avantage.

Aucun commentaire à propos de nos vies respectives, aucune phrase agréable, aucun compliment… une froideur professionnelle et chargée d’électricité.

 

Et voilà qu’après des mois de tensions et de menaces de rupture de négociation, je reçois un dernier mail.

« Votre proposition retient toute mon attention… »

 

Encore des points de suspension.

De quelle proposition parle-t-il ?

De ma proposition budgétaire ou de l’idée d’un déjeuner ?

 

« OK pour un déjeuner… avec plaisir. »

Ma peur de la confrontation est évidente.

La crainte de me dévoiler plus que je ne le devrai, également.

 

Mon expérience se limite à des rapports courtois et cordiaux avec mes clients.

Les questions habituelles sur les week-ends ensoleillés ou la rentrée des enfants sont de rigueur.

 

Cette distance exagérée et ce détachement couvent-ils autre chose ?

Comment se passera ce déjeuner alors que nos échanges ont toujours été particulièrement tendus ?

 

Les minutes défilent et mon inquiétude persiste.

Ma sensibilité ne doit en aucun cas transparaître.

Je me dois de rester professionnelle et de ne pas m’emporter.

 

Dans moins d’une heure, il sera là, devant moi, plein d’arrogance et de confiance en lui.

Je devrai me calquer sur son comportement et suivre le règlement à la lettre :

Pas de questions personnelles

Pas d’allusions à une éventuelle relation autre que professionnelle

Pas de séduction détournée

Rester distante et factuelle

 

La table est réservée à son nom, le patron est une de ses connaissances.

J’ôte mes écouteurs, la tension exacerbée par les rythmes de Noir Désir en concert, et je m’annonce à la réception.

Le serveur me guide vers une table isolée.

 

Il est déjà là, les yeux rivés sur le menu, le portable greffé à l’oreille.

 

Son regard fait le tour de la salle et se pose sur moi.

Il murmure quelques mots et raccroche son téléphone.

Ses yeux ont une lueur étrange, mais son expression reste neutre.

 

Ne pas sourire.

Rester froide et distante.

Et, surtout, sembler sereine.

 

« Je suis heureux de vous revoir. Et pour l’occasion, j’ai enfilé mon gilet pare-balles… juste au cas où… »

L’affrontement commence.

 

Je lui tends une poigne ferme et le salue à mon tour.

 

Le restaurant est en réel décalage avec la teneur de ce déjeuner : un style confiné, des lumières tamisées et des fauteuils en velours sombre.

La climatisation est en marche, mais un feu de cheminée discret réchauffe l’atmosphère.

Cette ambiance feutrée et presque romantique accentue mon malaise.

Lui, au contraire, semble tout à fait confiant et maître des lieux.

 

Si j’avais été un homme, son choix se serait-il également porté sur cet endroit ?

 

Je jette un œil distrait à la carte, mais suis vite intriguée par le silence qui règne à la table voisine.

Un couple se dévore des yeux, goûtant à peine aux mets qui leur ont été servis.

Au bout de quelques secondes, la jeune femme ôte un de ses escarpins et passe sensuellement son pied sur le mollet de son partenaire.

Je ne peux m’empêcher de sourire.

 

Constatant la scène, mon hôte me lance : « Je crois qu’ils ont quelques chambres à l’étage ».

Je feins une expression légèrement outrée et reprends ma lecture.

 

Il est stupéfiant et incroyablement détendu.

 

Je réalise soudain que je n’ai pas encore dit un mot.

Nous sommes assis depuis plusieurs minutes et notre entretien s’est limité à deux phrases de sa part.

 

Je ne fais preuve d’aucun professionnalisme et dois me ressaisir.

 

Les discussions houleuses concernant notre partenariat faisaient partie de sa méthode pour faire baisser les prix.

Je ne dois pas en tenir compte et garder à l’esprit l’objectif que je me suis fixé : il n’est que la première étape vers une collaboration efficace et fructueuse.

Je dois faire en sorte qu’il me recommande à ses collègues et qu’il vende ma prestation au sein de son entreprise.

 

Ce speech, je l’ai préparé depuis des semaines.

Je ne dois pas fléchir.

 

« Je suis ravie que nous ayons trouvé un terrain d’entente et que notre collaboration puisse se consolider autour d’un déjeuner où nous saurons rester civilisés. »

 

Il part dans un rire quelque peu exagéré et me fixe du regard.

Je n’avais pas constaté que ces yeux étaient aussi verts et perçants.

 

Je tente de détourner le regard et tombe alors sur une forme sombre au niveau de son cou.

Sous le col de sa chemise, soigneusement serré par un nœud de cravate impeccable, se dessine un lacet en cuir ras du cou, comme le portent habituellement les surfeurs.

Ces détails, que je n’avais pas remarqués lors de notre première et brève rencontre, me troublent plus qu’ils ne le devraient.

 

« Bon, assez parlé boulot. Parlez-moi de vous. Qu’est ce qui vous fait vraiment vibrer dans la vie ? »

 

Il détourne déjà la conversation et je ne souhaite en aucun cas aborder ma vie personnelle avec lui.

Je suis surtout complètement flippée à l’idée de perdre tout contrôle.

 

Je reprends mes esprits et soutiens fermement son regard.

Ce petit jeu doit se terminer.

 

Sans tenir compte de sa précédente question, j’enchaîne :

« Pouvez-vous m’indiquer les personnes à contacter au sein de votre société qui seraient susceptibles d’être intéressées par notre prestation ? »

 

Il semble surpris un instant et efface tout sourire et toute chaleur de son visage.

 

« Je n’ai pas attendu de vous rencontrer pour me faire une idée de vos performances. Nos contacts téléphoniques ont été particulièrement riches et je ne pense pas me tromper à votre sujet ».

 

Il prend soin de ponctuer chacun de ses mots d’un agacement certain et entame de longues secondes de silence.

 

Son regard se fait plus pesant.

« J’ai eu un aperçu de votre professionnalisme, de votre sens des affaires et de votre répartie cinglante.

Toutes les équipes concernées par votre prestation ont reçu un mémo de ma part et mes sincères recommandations concernant votre société.

S’il en avait été autrement, je n’aurais pas accepté ce déjeuner.

Je suis peut-être difficile à gérer, mais je connais mon métier et sais faire des recommandations quand je les juge adaptées. »

 

Je suis estomaquée par sa réponse.

J’en suis particulièrement fière mais ne cherchais pas à le heurter ou le mettre en colère.

 

« Si j’ai accepté ce déjeuner, c’est pour vous rencontrer, vous, et faire table rase des tensions que nous avons connues. »

Voilà donc son objectif pour ce déjeuner : faire connaissance.

 

Je dois avouer que notre première rencontre avait été particulièrement brève.

Nous nous sommes croisés lors d’un congrès, avons échangé nos cartes de visite et avons convenu d’un rendez-vous téléphonique.

J’avais entendu parler à maintes reprises de son arrogance et de son mépris pour les prestataires.

Je n’aurai pu imaginer que tant de défauts puissent appartenir à un homme aussi séduisant.

 

Alors que je l’imaginais petit, hargneux et complexé, je me suis retrouvée face à un homme à la carrure d’athlète, au regard dévastateur et à la voix sensuelle et rauque.

Et, plus que tout, ses lèvres charnues semblaient faites pour être dévorées.

 

Suivant ses indications, et occultant mes principes, j’ai décidé d’accepter de découvrir cet homme, certaine, par avance, de repartir de ce déjeuner totalement séduite.

 

 

6 commentaires sur “Attirance contractuelle [C’est l’histoire d’une fille]”

  1. sarah

    dommage que ce soit si court 🙁 loool j’aurais aimé connaitre la suite 🙁

    • Poulette Nela

      Merci beaucoup pour ton petit mot Sarah !!!

  2. Fanny

    J’adore toujours autant tes histoires ! Tu as une façon de les écrire, franchement bravo ! 🙂
    Je suis nouvelle et je n’aie pas encore eu l’occasion de te dire que ton blog est parfait, il y a tout ce qu’il faut pour une vraie poulette.
    Du bonheur de te lire chaque jour !
    Bonne continuation, bises.

    • Poulette Nela

      Merci Fanny !
      Merci, merci, merci !!
      Je suis toute émotionnée là…
      Grosses bisesssss

  3. lena

    La suite! la suite!
    j’adore tes histoires!
    continue!
    bises
    moi je ne suis pas très douée pour l’écriture.. tu auras remarqué 😉

    • Poulette Nela

      Merci Lena !!
      je suis ravie ravie qu’elles te plaisent !!

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